(Extrait d’Une année dans la Grande Prairie, 2023)

Grande Prairie, hiver et printemps 2021

Quand un oiseau, un papillon, un insecte, une graine portée par le vent traversent ce paysage, ils dessinent des lignes singulières. J’essaie dans l’instant de les tracer au crayon de cire d’abeille. Il y a dans ces chemins multiples, dans ce foisonnement de vie, une écriture cachée. Une écriture vivante faite d’ondes, de vibrations, jaillissements, sillages mystérieux. C’est comme un feu caché, une source profonde, des hiéroglyphes sans âge. Avec un sentiment de crainte et d’enchantement, je sens que c’est vrai, que
c’est réel et que je peux en témoigner.

Ce temps passé dans ce lieu, c’est d’abord l’expérience d’un moment vécu au contact de l’arbre, devant sa lente croissance, devant la vie qui se dévoile à chaque tremblement de feuille, chaque mouvement dans sa ramure, comme une respiration profonde. Le motif m’apprend à balayer le pinceau, à en multiplier les touches, à faire venir la peinture par couches fines et brossées. Comme si tout ne pouvait exister qu’à travers le flou issu de ce foisonnement, empêchant le regard de s’arrêter sur tel ou tel détail, appelant à voir réellement. (…)

Leave a Reply