(Extrait d’Une année dans la Grande Prairie, 2023)
Février 2021
Le paysage semble avoir une certaine exigence. Ce serait pour moi celle d’être découvert à chaque instant, comme si le paysage n’en finissait pas d’être enfoui sous les regards qu’on pose sur lui, sans vraiment le regarder, le voir.
J’ai pu sentir à de rares moments qu’il y avait un feu caché au travers des branchages, sous la neige, le long des nervures des feuilles, un feu en attente. Quand mon regard l’effleure, comme un souffle sur des braises, ce feu se répand en moi.
C’est probablement cette chaleur qui me faisait tant de bien quand je me promenais en forêt, sentant que quelque chose en moi se déliait, fondait, faisant tomber cette carapace froide dont je me sentais prisonnier. Cette forêt était un refuge brûlant. Elle l’est toujours bien sûr, mais aujourd’hui j’y apporte le bois de mes crayons, espérant qu’un de ses tisons viendra embraser quelque chose en moi, quelque chose dans le dessin.
une année dans la grande prairie.
L’expérience du motif est un privilège, car c’est l’opportunité de sortir de mon indifférence et d’exprimer une gratitude pour ce lieu qui m’a toujours soutenu. Il me fait affronter la solitude, pour voir, et connaître à ma mesure qu’au fond, il y a comme autre chose que la
solitude stérile, une autre dimension, une réalité habitée par le calme, la paix, j’ose dire la beauté…