(Extrait d’Une année dans la Grande Prairie, 2023)

Retour de Gignac, 23 septembre 2022


Hier soir après l’apéritif auprès d’Alexandre, avec Marie-Hélène, Jean et Guy de Malherbe, je suis allé chercher les derniers instants de clarté avant la nuit. Je me suis rendu au bord de
l’Hérault, en contrebas de la route qui mène à St Guilhem-le-Désert. C’est un endroit où je retourne à chaque séjour à Gignac chez Alexandre.

Moment de solitude et de calme. J’ai sur moi un carnet d’esquisse, pour rester actif lorsque mon regard se porte sur cette cascade – mais je sens surtout que je suis venu là pour retrouver un silence.

Ce torrent coule entre les deux versants abrupts des gorges de l’Hérault. Nous sommes entourés de garrigue et cette eau vient de là-bas, d’un endroit qui pourrait me questionner. Mais la force de ce courant amenant l’eau, la faisant passer et repasser, me fait sentir que c’est ici que je dois être, comme si j’étais attendu, et non dans une pensée lointaine.
une année dans la grande prairie.

Être à cet endroit me paraît si paisible, et ce moment me paraît si vrai. Il étanche ma soif. Je pense alors que ma place est ici, et que le reste soit emporté par ce torrent…

Pourtant je ne peux ignorer le bruit incessant de cette eau qui s’écoule, ses éclaboussures, son fracas sur les rochers, qui entre dans les cavités rocheuses et résonne, ressortant comme accompagné de murmures aigus. Bruit qui entre en moi et qui chasse petit à petit les autres bruits, celui de mes pensées…

Je voulais rester longtemps, jusqu’à être lavé, jusqu’à ce que le torrent ait tout emporté, hormis celui qui était là, comme lié à cette source, en dehors du courant, ou plutôt se plaçant dans une immatérialité, comme l’eau dans l’eau, qui ne peut être chassée.

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